6 juillet 2026 Elise Besson

Franchise : Quels secteurs d’activités et régions séduisent le plus ?

Temps de lecture estimé : 8 minutes

En 2025, l’alimentaire reste de loin le premier secteur de la franchise française avec 31,66 milliards d’euros de chiffre d’affaires, tandis que la formation, les services aux personnes et la restauration rapide affichent les plus fortes croissances. Côté territoires, les Pays de la Loire conservent la première place et la Bourgogne-Franche-Comté crée la surprise. Mais un secteur porteur au niveau national ne garantit jamais la réussite d’une unité : tout se joue à l’échelle locale, sur la zone de chalandise.

La franchise en France en 2025 : un marché de 93,7 milliards d’euros

Avant d’examiner les secteurs et les régions qui séduisent le plus, un cadrage s’impose. Selon les indicateurs publiés par la Fédération Française de la Franchise (FFF) en mars 2026, la franchise a représenté en 2025 un chiffre d’affaires global de 93,71 milliards d’euros, en hausse de 4,9 %, soit près du double de la croissance des entreprises à l’échelle nationale (+2,5 %). Le modèle franchit pour la première fois le cap du million d’emplois directs et indirects (1 018 038 postes) et compte 93 395 points de vente, en progression de 2,9 %.

Une donnée mérite attention pour qui veut comprendre les dynamiques de fond : le nombre de réseaux recule de 2,5 % pour s’établir à 2 035, retombant à son niveau de 2023. Cette baisse traduit moins un essoufflement qu’une phase de consolidation. Le chiffre d’affaires progresse, le nombre de points de vente aussi, mais une cinquantaine de réseaux ont disparu, principalement dans l’équipement de la personne. Les franchisés en place, eux, surperforment dans un environnement pourtant marqué par 68 564 défaillances d’entreprises et un PIB en hausse de seulement 0,9 %.

Cette résilience est l’une des raisons structurelles qui poussent les candidats à privilégier la franchise pour se lancer. Reste à choisir le bon secteur et le bon territoire, deux décisions que cet article aide à éclairer.

Quels secteurs d’activité séduisent le plus en franchise ?

·       Le top 5 des secteurs par chiffre d’affaires

La hiérarchie sectorielle reste dominée par la consommation du quotidien. L’alimentaire conserve la première place, et de loin, avec 31,66 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 33,78 % de l’ensemble du marché de la franchise. Le secteur rassemble 203 réseaux et 19 198 points de vente, en progression de 5,3 %, porté par la solidité des formats de proximité et par le recentrage de la grande distribution vers la conversion en franchise.

La restauration rapide suit avec 11,36 milliards d’euros, soit 12,13 % du marché, répartis sur 298 enseignes et 9 430 unités. Le podium est complété par l’équipement de la maison (9,73 milliards d’euros), devant les commerces divers (9,64 milliards) et les services automobiles (6,02 milliards). À eux seuls, ces cinq segments concentrent plus des deux tiers de l’activité de la franchise française.

Secteur Chiffre d’affaires 2025 Part du marché Points de vente
Alimentaire 31,66 Md€ 33,8 % 19 198
Restauration rapide 11,36 Md€ 12,1 % 9 430
Équipement de la maison 9,73 Md€ 10,4 % 4 525
Commerces divers 9,64 Md€ 10,3 % 7 895
Services automobiles 6,02 Md€ 6,4 % 11 486

Source : Fédération Française de la Franchise, indicateurs 2025.

En nombre d’enseignes, c’est l’équipement de la personne qui reste en tête avec 316 réseaux. Une position de premier rang qui illustre un paradoxe : un secteur peut concentrer beaucoup de marques tout en étant fragilisé, comme nous le verrons plus loin.

·       Les secteurs les plus dynamiques en croissance

Le classement change radicalement lorsqu’on observe non plus le volume, mais la progression. La formation affiche la plus forte croissance de chiffre d’affaires en 2025, avec 18,6 %, portée par les enjeux de reconversion professionnelle et de montée en compétences. Le secteur reste toutefois modeste en valeur absolue : 31 enseignes, 394 points de vente et 130 millions d’euros de chiffre d’affaires. C’est l’illustration parfaite d’un marché à fort taux de croissance mais à faible base, un profil très différent de celui de l’alimentaire.

Derrière la formation, les services aux personnes progressent de 9,6 %, soutenus par le vieillissement démographique et la demande croissante de services à domicile. La restauration rapide confirme sa solidité avec 9,3 %, l’hôtellerie marque un retour en force avec 9,2 % (et la plus forte hausse du nombre de points de vente, +13,9 %), tandis que le bâtiment et les commerces divers affichent tous deux 7,4 %. Ces dynamiques dessinent des moteurs de croissance plus diversifiés que ne le laisse penser la seule lecture des volumes.

·       Les secteurs de la franchise sous tension

L’image ne serait pas complète sans les secteurs en difficulté. L’équipement de la personne, premier en nombre de réseaux, subit la pression du commerce en ligne et l’arbitrage budgétaire des ménages : c’est lui qui concentre l’essentiel des disparitions de réseaux en 2025. Le secteur des voyages enregistre pour sa part le plus fort recul de chiffre d’affaires, avec une baisse de 10,6 % pour seulement 189 points de vente franchisés. Ces signaux rappellent qu’un secteur historiquement bien représenté n’est pas à l’abri d’un retournement, et qu’il convient de distinguer la photographie d’un marché de sa trajectoire.

Quelles régions séduisent le plus les réseaux de franchise ?

·       Le classement régional 2025

La dimension territoriale est l’autre grande variable d’attractivité. Le baromètre du dynamisme des ouvertures en franchise, réalisé par Ciril Group (ex-Territoires & Marketing) en partenariat avec la Fédération Française de la Franchise, dresse chaque année le palmarès des régions les plus recherchées par les enseignes. L’édition 2025, sa onzième, place les Pays de la Loire en tête, devant le Centre-Val de Loire et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, nouvelle venue sur le podium.

Région Classement 2025 Évolution 2025 / 2024
Pays de la Loire 1 +2
Centre-Val de Loire 2 -1
Provence-Alpes-Côte d’Azur 3 +2
Bretagne 4 -2
Bourgogne-Franche-Comté 5 +6
Nouvelle-Aquitaine 6 =
Auvergne-Rhône-Alpes 7 +3
Normandie 8 -4
Occitanie 9 -2
Île-de-France 10 +2

Source : baromètre Ciril Group / Territoires & Marketing, 11e édition (2025).

La progression la plus spectaculaire revient à la Bourgogne-Franche-Comté, qui gagne six places et entre dans le top 5. Avec 12 938 points de vente sous enseigne, dont 18 % dans le commerce alimentaire, la région s’appuie sur des villes comme Dijon ou Auxerre, ainsi que sur d’anciens bassins industriels reconvertis tels que Chalon-sur-Saône.

·       Territoires secondaires en hausse, métropoles en recul

C’est ici que l’analyse devient utile pour un porteur de projet. Le palmarès territorial a profondément changé depuis la précédente version de cet article. Il y a près de dix ans, les Pays de la Loire occupaient déjà la première place, mais la région parisienne figurait sur le podium. En 2025, l’Île-de-France n’arrive plus qu’en dixième position, malgré un gain de deux places. La capitale n’est plus l’évidence qu’elle représentait pour l’implantation d’un premier point de vente.

Le mouvement de fond est clair : les territoires secondaires, moins saturés, attirent désormais davantage les réseaux. Au niveau départemental, la Vendée occupe la première place, La Roche-sur-Yon étant identifiée comme le territoire d’attractivité commerciale le plus performant de France. L’Aube est la révélation du classement, passée de la 83e place en 2022 à la 2e en 2025, portée par le dynamisme commercial de Troyes. La Mayenne, longtemps au milieu de tableau, bondit pour sa part de la 60e à la 8e place.

Ce rééquilibrage tient à la recherche d’un compromis : une zone de chalandise suffisante pour assurer un potentiel de développement, mais une pression concurrentielle moindre qu’en cœur de métropole. Les grandes agglomérations conservent un atout réel, à condition de cibler les bons micro-emplacements. Dans les projets de réaménagement urbain, ce sont souvent les commerces de proximité qui s’installent en premier, avant que des besoins plus spécifiques n’émergent. La maille pertinente n’est donc jamais la région, c’est le quartier.

Secteur porteur et région attractive : pourquoi cela ne suffit pas

Voilà le point que les classements, par construction, ne disent pas. Un secteur dynamique au niveau national et une région bien classée constituent des indices favorables, pas une garantie de réussite. Le chiffre d’affaires agrégé d’un secteur masque des écarts considérables entre enseignes, et le classement d’une région masque l’hétérogénéité de ses bassins de vie.

Selon Clément Trochu, co-associé dirigeant d’Axe Réseaux : « Choisir ses premiers territoires, pour un franchiseur, ce n’est pas cocher les régions en tête des classements, là où tout le monde se bouscule. C’est repérer, zone par zone, celles où son concept répond à un vrai besoin local encore mal servi. Un réseau se construit emplacement par emplacement, pas région par région. »

Deux franchisés exploitant la même enseigne, dans des zones en apparence comparables, peuvent obtenir des résultats très différents selon la densité de population cible, le pouvoir d’achat local, l’accessibilité du local et l’intensité concurrentielle immédiate. C’est précisément l’objet du géomarketing : passer de la statistique nationale à l’analyse fine d’une zone de chalandise, afin d’estimer le potentiel réel d’un emplacement avant de s’engager. Pour un franchiseur, cette discipline conditionne aussi la cohérence du maillage du réseau et la promesse faite aux candidats lors du recrutement de franchisés.

« Il y a dix ans, rappelle Clément Trochu, étudier une zone de chalandise, c’était plusieurs jours de travail. Aujourd’hui, la donnée et l’IA nous font passer de la statistique nationale à l’analyse fine d’un quartier en quelques heures. Mais l’outil ne décide pas à votre place : il éclaire la décision, il ne la remplace pas. La technologie accélère l’analyse : c’est toujours la connaissance du terrain qui tranche. »

Comment choisir son secteur et son territoire d’implantation ?

La bonne méthode consiste à croiser les deux dimensions plutôt qu’à les traiter séparément. Un secteur en forte croissance dans une région où l’offre est déjà saturée vaut parfois moins qu’un secteur mûr dans un territoire sous-équipé. Le raisonnement gagne à se construire en plusieurs temps : identifier les secteurs dont la trajectoire est porteuse et compatible avec son apport et son profil ; vérifier l’adéquation entre le concept et les attentes locales ; puis valider, à l’échelle de la zone, le potentiel commercial réel.

Pour un futur franchiseur, ces arbitrages relèvent de la conception même du réseau, depuis le modèle économique jusqu’à la stratégie de déploiement géographique. Pour un candidat à la franchise, ils s’inscrivent dans l’analyse préalable du marché et la lecture attentive du document d’information précontractuel, qui doit présenter l’état général et local du marché concerné. Dans les deux cas, l’enjeu est le même : transformer une intuition sectorielle ou régionale en décision étayée.

« Le géomarketing, explique Clément Trochu, ce n’est pas seulement un outil de performance : c’est un outil d’honnêteté. Promettre à un candidat un territoire qu’on n’a pas sérieusement étudié, c’est fragiliser la relation avant même la signature. Le franchiseur qui dit la vérité sur une zone (y compris quand elle est moins favorable qu’espéré) construit un réseau qui dure. Des relations saines entre franchiseur et franchisé, ça commence par une promesse que l’on peut tenir. »

FAQ : secteurs et régions de la franchise

Quel est le secteur le plus important de la franchise en France ?

L’alimentaire domine très largement, avec 31,66 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, soit près de 34 % du marché total de la franchise, selon la Fédération Française de la Franchise. Il devance la restauration rapide et l’équipement de la maison.

Quel est le secteur de la franchise qui progresse le plus vite ?

En 2025, la formation affiche la plus forte croissance de chiffre d’affaires (+18,6 %), devant les services aux personnes (+9,6 %) et la restauration rapide (+9,3 %). Attention toutefois : la formation reste un secteur de petite taille en volume, ce qui amplifie mécaniquement son taux de croissance.

Quelle est la région la plus dynamique pour ouvrir une franchise ?

Les Pays de la Loire occupent la première place du baromètre territorial 2025, suivis du Centre-Val de Loire et de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Au niveau départemental, la Vendée arrive en tête.

Faut-il éviter l’Île-de-France pour se lancer en franchise ?

Non, mais l’attractivité de la région a reculé : elle se classe dixième en 2025, contre une place sur le podium il y a une dizaine d’années. La capitale reste pertinente à condition de cibler des micro-emplacements précis plutôt que de viser la région dans son ensemble.

Un secteur porteur garantit-il la réussite de mon point de vente ?

Non. Les statistiques sectorielles et régionales sont des indices, pas des certitudes. La réussite d’une unité dépend avant tout de sa zone de chalandise locale, du pouvoir d’achat, de l’emplacement et de la concurrence immédiate, qui s’analysent par une étude de géomarketing.

Comment savoir si un territoire est saturé ?

Il faut identifier la population cible, mesurer la taille de la zone de chalandise et estimer le nombre d’unités que la zone peut absorber dans les prochaines années. Une zone très peuplée n’est pas nécessairement la plus favorable si l’offre y est déjà dense.