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La franchise se féminise…doucement

En France, moins de 30 % des créateurs d’entreprise sont des… femmes. Ce chiffre n’a pas évolué depuis dix ans malgré de nombreuses mesures favorisant l’entrepreneuriat féminin.  Mais la franchise, avec en moyenne 40 % de femmes dans ses rangs, échappe sensiblement à cette tendance de fond. Pourquoi, comment, on vous explique !

 

Les Françaises, victimes du syndrome de l’imposteur

La peur de l’échec ! Voilà la principale raison qui fait hésiter les femmes à se lancer dans la création d’entreprise. D’après une étude de BNP Paribas et de la Women Initiative Foundation sur la diversité et les stéréotypes de genre*, 86 % des Françaises citent le manque de confiance en elles. « Elles veulent mesurer tous les risques avant de se lancer et sont très prudentes : elles s’associent moins que les hommes, lèvent moins de capitaux… » explique Viviane de Beaufort, professeure chercheur  à l’Essec. Cette auto-censure, quasi inconsciente, qualifiée de complexe de l’imposteur, concerne une majorité de femmes entrepreneurs. Alexandre Pham, PDG du réseau Alphyr et des agences d’intérim Aquila RH, nuance cette approche. « Je dirais qu’elles sont plus pragmatiques, plus lucides. Elles font preuve d’une grande humilité sur leurs compétences et savent ce qu’elles savent faire ou ne pas faire. Elles sont connectées à la réalité, conscientes du travail à fournir pour réussir ».

Un mode d’entrepreneuriat rassurant

Les femmes franchisées étaient 43 % en 2017, un peu moins, 38 %, en 2018*. Chez Alphyr, elles sont 45 %. « Ce taux s’explique. D’abord parce qu’en franchise, les risques sont plus limités, cela rassure. Ensuite, parce que nos métiers sont traditionnellement plus féminisés » analyse Alexandre Pham. Une enquête publiée en mai 2018 par l’Observatoire de la Franchise et le site www.reconversionenfranchise.com montre en effet que 57 % des franchisées ont choisi le modèle pour pouvoir créer avec plus facilité et 43 % pour éviter d’être isolées. Sophie Mallet, franchisée Les Menus Services depuis 2011 dans la banlieue de Lyon, confirme : « Il y a un cadre, un savoir-faire, des outils, un soutien… C’est plus sécurisant, on ne se lance pas dans l’inconnu, sans filet ! ».

La franchise, un levier pour se lancer

Cette même étude révèle d’autres chiffres intéressants : 82 % des franchisées interrogées étaient salariées avant de se lancer, une sur deux était âgée de plus de 45 ans et 83 % en ont profité pour changer de secteur. Pour la majorité d’entre elles, la franchise leur a permis de se reconvertir et de se lancer dans une nouvelle vie. C’est typiquement le cas de Sophie Mallet, « A 46 ans, après une carrière dans le secteur des cosmétiques, j’ai eu envie d’indépendance. Mes enfants étaient grands, la routine me pesait, je voulais faire autre chose tout en donnant du sens à ma vie professionnelle ». Elle dirige aujourd’hui une équipe de dix personnes, et s’épanouie dans son activité de portage de repas aux personnes âgées.

 

Quête de sens et valeurs partagées

Faire du business : oui ! Etre indépendantes : oui aussi ! Mais pas à n’importe quel prix. A cette étape de leur vie et de leur carrière, les femmes, comme Sophie Mallet,  sont effectivement en quête de sens. Pour 62 % d’entre elles, la franchise est vertueuse avec son principe de valeurs partagées, de solidarité et d’entraide. Cet engagement réciproque, sorte de contrat éthique, les rassurent. « Elles ont le sentiment de faire partie d’une communauté » poursuit Viviane de Beaufort. De plus en plus de réseaux impliquent en effet leurs franchisés dans les prises de décisions (à travers notamment les commissions thématiques) et mettent en place des dispositifs d’entraide entre anciens et nouveaux franchisés. C’est par exemple le cas chez Temporis ou chez Aquila RH.

Des inégalités persistantes

Si 94 % des franchisées estiment avoir atteint leur objectif en choisissant de créer leur franchise, les inégalités de rémunération persistent. D’après la 15eenquête sur la franchise réalisée par Banque Populaire début 2019, le revenu annuel moyen des franchisés est de 40 196 euros contre 26 552 euros pour les femmes franchisées. Soit 35 % de moins ! Un écart qui s’explique sans doute par les secteurs choisis par les femmes, qui préfèrent se lancer dans des activités de services, moins rémunératrices que les activités de commerce.

Laurent Delafontaine avec la collaboration de Valérie Froger

* 15eenquête sur la franchise, Banque Populaire/FFF