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Quand la franchise se transforme en ascenseur social

Donner de l’envergure à sa vie professionnelle, monter en puissance, trouver une nouvelle place dans la société… La franchise est un formidable tremplin : elle permet à un large public de changer d’échelle et de statut social.

De vendeur à patron

Maëlis Trajean est une jeune franchisée comblée. Depuis fin 2017, elle est à la tête d’un centre de beauté L’Onglerie à Bordeaux. « Je connaissais bien l’enseigne car je travaillais déjà dans un autre point de vente en tant que salariée. Quand j’ai entendu parler d’une nouvelle ouverture à Bordeaux, j’ai sauté sur l’occasion. Je suis passionnée par ce métier et depuis l’âge de 18 ans, je rêve d’avoir ma propre boutique ». C’est désormais chose faite, et Maëlis Trajean ne cache pas sa fierté d’y être arrivée si vite et si jeune. « Je suis patronne à 26 ans ! Ce n’est pas permis à tout le monde, j’ai franchi un cap professionnel incroyable en passant de salariée à chef d’entreprise».

Le cas de cette franchisée n’a rien d’exceptionnel. Ce type de promotion interne est même courant en franchise : 44% des réseaux le pratiquent. « Ces candidates (l’enseigne est quasi exclusivement féminine) connaissent le métier, les process, les savoir-faire, l’environnement…  Elles n’ont que des avantages » explique Laurent Treuil, directeur du développement de l’Onglerie. Dans ce réseau, l’ascenseur social joue à plein. Sur la dizaine d’ouvertures faites chaque année, 50 % sont confiées à d’anciennes salariées. Ce taux grimpe à 60 % en cas de cession de points de vente (15 à 20 par an). « Les salariées reprennent souvent le centre de leur ancienne patronne », poursuit le franchiseur qui grâce à cette politique a rajeuni la moyenne d’âge des franchisées. Elle est passée de 52 à 40 ans en moins de huit ans.

 

Le handicap du financement

Reste le problème du financement. Les anciens salariés, à la différence des franchisés extérieurs, souvent cadres dans leur vie antérieure, possèdent rarement un gros pécule financier pour se lancer. Les franchiseurs, conscients de l’opportunité de pérenniser leur réseau avec ce type de candidats,  pallient bien ce manque avec des solutions alternatives. « Nous avons mis en place un système de franchise participative : nous prenons des parts au capital de l’entreprise lancée par nos anciennes salariées. Elles ont la possibilité de les racheter au cours de leur contrat. Nous projetons également dans les mois à venir de créer un fonds d’aide en interne » détaille Laurent Treuil.

A la Mie Câline, enseigne, elle aussi, très friande de promotion interne (sur les 238 points de vente, 42 sont dirigés par des anciens vendeurs en boutique), ce problème est encore plus accru. Avec un investissement moyen de 550 000 euros, rares sont les anciens salariés à pouvoir financer un tel montant. « Nous leur proposons deux solutions : la franchise participative et la location gérance » explique Nadia Aubry, directrice du réseau. « Nous mettons un point d’honneur à bien accompagner ces candidats qui présentent de nombreuses qualités. Au delà de l’aspect financier, nous veillons également à les former, notamment au management et à la gestion, qu’ils maîtrisent moins » poursuit la directrice. «  Notre réseau est familial, avec de fortes valeurs, et un sentiment d’appartenance très élevé. Nous sommes très fier de déclencher l’envie de grandir et de permettre à des salariés qui sont rentrés par la petite porte de relever le défi d’une nouvelle vie ».

 

La micro-franchise, salutaire

S’élever, progresser, décoller… Si la franchise offre de nombreuses possibilités de promotion interne, elle permet aussi à de nombreux français de sortir de l’ornière, et d’accéder à une vie meilleure. « J’ai depuis longtemps envie de me lancer en tant qu’entrepreneur dans les espaces verts mais mon manque d’apport me bloque » confie ainsi Anthony D., qui s’est finalement rapproché de la micro franchise O2 (travaux de jardinerie à domicile). Ce réseau, comme quelques autres (Tourne & Vis, Mon assistant Numérique, Cyclofix, Septine & Co…), propose à des candidats sans gros apport (et souvent exclus des systèmes bancaires classiques) d’accéder à des concepts clés en main pour un investissement inférieur à 10 000 euros. « Ces enseignes permettent à des publics fragiles d’accéder à la franchise » explique Basile Albert, responsable du développement de l’Adie. Cette structure d’accompagnement à la création d’entreprise a noué des partenariats avec quelques franchiseurs comme  O2 et Mon Assistant Numérique. « Nous finançons les futurs candidats jusqu’à 10 000 euros, soit la totalité de l’investissement exigé par ces réseaux ». Grâce à ce montage financier salutaire, plus de 150 porteurs de projets ont ainsi pu se lancer en franchise. Et réaliser leur rêve.

Laurent Delafontaine avec V. Froger